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Combats de la Chipotte

Une première bataille de masse sous les sapins

Dernier contrefort des Vosges avant les plaines du sud lorrain, le massif de la Chipotte présente une élévation moyenne de 550 mètres. L’un de ses points de franchissement porte le nom d’une ferme disparue ; le col de la Chipotte. Il permet le passage de l’axe général est-ouest de Raon-l'Étape à Rambervillers. C’est dans ce massif, excellente forteresse naturelle, que vont se jouer les heures terribles d’août-septembre 1914 qui, par l’immense sacrifice de milliers de soldats, contribueront à la victoire de la Marne.

Après les violents combats qui ont émaillé l’offensive d’Alsace, les Français ont perdu la bataille des cols-frontières vosgiens. Ce 25 août 1914, ils reculent vers l’ouest et tentent de reprendre pied sur une position plus favorable à la défensive, à laquelle l’échec des batailles de Lorraine les a acculés. C’est dans le massif de la Chipotte que va s’opérer cette lutte désespérée. Chasseurs, fantassins et coloniaux des 13ème, 14ème, et 21ème Corps d’Armée vont résister 17 jours aux assauts allemands du XV.A.K. allemand du général von Deimling, dont l’objectif assigné est précisément le percement du massif, perdant et regagnant plusieurs fois le col et les collines boisées environnantes au prix de pertes considérables.

Le 11 septembre 1914, faisant suite à leur échec sur la Marne, les Allemands retraitent à leur tour afin de recentrer leur défense en s’appuyant sur les cols vosgiens. La bataille des Frontières s’achève sur une victoire française mais une partie du territoire vosgien demeurera occupée pendant quatre longues années. La guerre des tranchées se cristallise à quelques kilomètres à l’est du col de la Chipotte, devenu nécropole.
 


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Images : La colonne tronquée du premier cimetière de la Chipotte, premier monument commémoratif de la bataille éponyme, toujours visible au sein de la nécropole. Cartes postales ca 1915 et 1919 - fonds Jean-Claude Fombaron.

Un col-mémoire aujourd'hui emblématique

Il restera difficile de chiffrer avec précision le nombre des soldats de toutes armes, français et allemands, tombés dans une égale communauté de sacrifices lors de ces terribles journées de l’été 1914. Disséminés dans la forêt et sur les pentes de ces montagnes tourmentées, nombreux sont ceux qui n’auront jamais de sépulture. Immense charnier devenu nécropole champêtre, les corps seront inhumés à l’endroit même où ils sont tombés, fleurissant tout le massif de croix de bois et de fleurs pieusement déposées par des mains anonymes. Grâce à l’œuvre pénible des corvées de territoriaux, avec le précieux concours du curé de Ménil-sur-Belvitte, l’abbé Collé, la majeure partie des soldats seront regroupés dans ce qui deviendra la nécropole du col de la Chipotte. Créée en 1919, elle renferme aujourd’hui 1 899 corps sur 7 070 m². Un grand pupitre explicatif renseigne sur ce lieu à l’entrée du cimetière. Le monument « Aux héros de la Chipotte », colonne tronquée couleur de deuil et frappée d’une croix chrétienne est aujourd’hui le gardien muet de la nécropole. Il a été inauguré au milieu des croix éparses en 1915. A quelques mètres à l’ouest de l’entrée est implanté le monument de la 86ème brigade de chasseurs et à quelques centaines de mètres à l’est, aux croisements de D 424 et D 159bis se trouve celui de la 2ème brigade coloniale. Le col de la Chipotte est donc emblématique dans les Vosges pour la bataille des frontières et s’inscrit également de manière incontournable dans le prolongement oriental de la bataille de la Marne, qui s’est aussi gagnée grâce à la résistance sur les ailes. Ces trois témoins muets de la mémoire des pierres impriment à ce lieu sacrificiel lorrain de la bataille des frontières sa forte identité actuelle de col mémoire vosgien.

S'agissant d'un site emblématique de la bataille des frontières et de la guerre de mouvements, seuls des yeux aguerris pourront découvrir quelques dépressions de terrain susceptibles de rappeler les luttes d’artillerie et les retranchements individuels des combattants sous les sapins. Aujourd'hui toutefois, un sentier de Mémoire permet de comprendre stèles commémiratives éparses, monuments et traces encore présentes autour de la nécropole.


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